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Notre-Dame de Lumière
Jeudi -saint 2015 PDF Imprimer Envoyer

La semaine sainte

 

Les lectures d'aujourd'hui se complètent très bien ! Dans la première lecture, saint Paul décrit la Cène (c'est d'ailleurs le récit de la Cène le plus ancien), et dans l'évangile c'est le lavement des pieds. Cela veut bien dire que l'Eucharistie, c'est à la fois le Corps et le Sang du Christ, ET le service des autres par amour...

S'il n'y a que le Corps et le Sang du Christ, on risque de tomber dans la magie : "J'ai eu ma messe !", donc ça va. Et après ? S'il y a la Messe ET le service des frères, alors on met nos pas dans ceux du Christ qui "ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin." Judas aussi a "eu sa Messe", mais après, cela n'a pas été le service du frère, mais la trahison du frère.

Pierre, ce jour-là, est un peu comme Judas. Jésus, il veut bien, mais alors qu'il soit sérieux ! Il n'encadre pas le lavement des pieds. Alors Jésus n'y va pas par quatre chemins : "Si je ne te lave pas les pieds, etc." C'est à prendre ou à laisser. Car le service du frère est dans l'Eucharistie, pas à côté. Ce que dit Jésus, ce n'est pas une invitation, c'est un ordre. Sans le service du frère, pas d'Eucharistie. Pas d'Evangile non plus, tout simplement.

Alors nous allons dire : oui, mais là Jésus a fait un geste symbolique, comme avaient fait les prophètes : Ezéchiel qui prend le deuil, Jérémie et sa ceinture... Mais non : il faut reconnaître que laver les pieds, ce n'est pas tellement symbolique, les pieds, ça sent ! Et de plus, au temps de Jésus c'était un geste quotidien, un geste courant. En Afrique, si tu arrives chez quelqu'un, la dame de céans t'apportera toujours une calebasse d'eau, avec une gracieuse génuflexion en plus!

Donc, laver les pieds, c'est un geste quotidien, un service quotidien. Et là, je voudrais insister sur ce "quotidien". Nous ne sommes pas Jeanne d'Arc. Nous ne sommes ni l'abbé Pierre, ni Mère Térésa. Mais nous essayons de vivre notre foi au quotidien, humblement, sans qu'on parle de nous dans les journaux. Et c'est dans notre vie quotidienne que Jésus nous attend, que les autres nous attendent. Laver les pieds du voyageur, c'était au temps de Jésus un service physique de tous les jours. Torcher les petits, faire à manger aux enfants, c'est le service quotidien de la maman. Marie a fait ça a Nazareth. Veiller avec le sourire, c'est le quotidien de l'infirmière. L'accueil aimable du fonctionnaire, c'est du quotidien. Le service dangereux du gendarme et du militaire aussi. Et la rencontre du sdf à Cavaillon ou à Apt, c'est pareil. Un sdf disait : "Si tu as envie de donner, donne. Si tu n'as pas envie de donner, souris. Mais ne passe pas sans me regarder." Ces choses-là, ça ne s'apprend pas, c'est aussi normal que de laver les pieds du voyageur. Mais c'est tellement beau, surtout quand on le fait au nom de Jésus, au nom de sa foi. Cela fait partie de notre Messe ! L'Eucharistie est bien le sacrement de la vie quotidienne. Le Pape François disait :"La communauté chrétienne se met dans la vie quotidienne des autres, elle touche ainsi la chair souffrante du Christ ; ceux qui annoncent l'Evangile ont ainsi "l'odeur des brebis". Venir au Christ avec l'odeur des brebis sur soi, c'est bien ça l'Eucharistie. A Nice, il y a des jeunes oblats qui accueillent les sdf, et ça ne sent pas toujours la rose !

Pour finir, disons que telle est la grande révélation, la grande Parole de Dieu qui retentit dans la Bible depuis Caïn jusqu'à saint Paul en passant par le Deutéronome et l'Evangile : " Sois le gardien de ton frère. Aime-le, sers-le, car Dieu est en lui comme il est dans l'Eucharistie. En servant ton frère, c'est Dieu que tu aimes."